Cadre de la semaine : rencontre avec Darren Gilmore, le gérant canadien à l’origine du retour triomphal d’Hilary Duff au sommet des palmarès
En travaillant avec des artistes comme Mother Mother et Boy Golden, le président de Watchdog Management s’appuie sur sa vaste expérience de l’industrie musicale canadienne pour orchestrer l’un des retours les plus marquants de l’année.

Hilary Duff est de retour, et son comeback figure parmi les plus réussis de ces dernières années — surtout au Canada.
Son nouvel album, Luck… Or Something, a fait une entrée fracassante la semaine dernière directement à la première place du palmarès des albums canadiens de Billboard, un exploit qu’elle n’avait pas accompli depuis plus de vingt ans. Portée par le succès de son concert intimiste au History de Toronto plus tôt cette année, qui a suscité un véritable engouement à travers le pays, elle se produira désormais dans dix villes canadiennes dans le cadre de sa tournée mondiale Lucky Me, prévue en 2026 et 2027.
Si la campagne médiatique a joué sur l’humour et la nostalgie de l’époque où la chanteuse et actrice était une star de la pop des années 2000, faisant régulièrement la une des tabloïds, ainsi que sur la chorégraphie virale et décontractée de With Love, son retour dépasse largement l’effet de mode. Il s’agit d’un retour soigneusement orchestré. Grâce à une stratégie de lancement bien rodée, à une équipe solide en coulisses et à un ensemble de chansons saluées par la critique, qui dessinent les contours d’une pop plus mature sur la scène internationale, la nouvelle ère de Duff rencontre un véritable succès.
Si la musique de Duff résonne particulièrement au Canada, c’est aussi pour une raison précise : son équipe de management est canadienne. Sous la direction de Darren Gilmore, un vétéran de l’industrie, elle bénéficie d’un accompagnement expérimenté et efficace. Président de Watchdog Management, ce natif de Vancouver a travaillé de près avec des figures majeures du management musical comme Bruce Allen et Sam Feldman. Il gère aujourd’hui un catalogue d’artistes canadiens reconnus, parmi lesquels Mother Mother, Peach Pit, le chanteur country Corb Lund et Boy Golden, actuellement en tête du palmarès radio de Billboard Canada.
Lorsque nous contactons Gilmore pour cette entrevue dans le cadre de la rubrique Cadre de la semaine, il vient tout juste de quitter le plateau du Tonight Show, où Hilary Duff a interprété son nouveau titre Roommates et appris à Jimmy Fallon la chorégraphie de With Love. Malgré un calendrier promotionnel particulièrement chargé, il prend le temps de revenir avec nous sur ce lancement éclair et sur ce qui, selon lui, explique réellement ce succès. Au-delà du marketing viral du XXIe siècle, le secret reste simple : faire de la bonne musique.
Hilary Duff a fait une entrée fracassante à la première place du palmarès des albums canadiens de Billboard la semaine dernière. Quel est votre sentiment face au succès de ce retour ?
Il se passe tellement de choses pour Hilary en ce moment. Après avoir été absente de la scène musicale pendant plusieurs années, elle revient avec un nouvel album et une tournée mondiale, le tout au plus haut niveau et en même temps — c’est assez rare dans ce milieu.
Et honnêtement, elle le mérite. C’est une personne, une mère, une artiste, une auteure-compositrice et une personnalité incroyable. Elle a réalisé un album exceptionnel avec son mari, le chanteur, auteur-compositeur et producteur Matthew Koma, qui est lui-même un artiste de grand talent.
Vous travaillez dans le management depuis des décennies, mais ce partenariat semble unique. Comment avez-vous commencé à collaborer avec Hilary Duff ?
J’ai été le manager de son mari pendant près de vingt ans. Ils sont un peu comme mes enfants. J’étais là quand ils se sont rencontrés, quand il a commencé à travailler avec elle comme auteur et producteur il y a une douzaine d’années, et j’ai vu toute leur histoire évoluer : leur rencontre, leur relation, leur mariage et la construction de leur famille.
Tout a commencé par mon envie de les aider. Ils travaillaient discrètement sur cet album et sur de nouveaux morceaux. Il n’y avait pas encore de maison de disques, nous avancions en toute discrétion. Elle me faisait entièrement confiance et voulait s’entourer des bonnes personnes. Nous avons aujourd’hui une équipe formidable. C’est un honneur pour moi et nous prenons beaucoup de plaisir à travailler ensemble.
D’autres chanteuses de la même époque ont tenté un retour, avec moins de succès. Selon vous, qu’est-ce qui la distingue ?
C’est une icône, une superstar, mais ce qui rend cet album vraiment exceptionnel, c’est son caractère unique. Beaucoup d’artistes connaissent un regain de popularité grâce à la nostalgie. La demande existe parce qu’il y a eu un vide et qu’ils ont été absents du marché pendant un certain temps.
Mais cet album est vraiment différent. Elle a une vision musicale très claire de l’atmosphère qu’elle veut créer : les paroles, les thèmes, les concepts, et aussi son parcours de vie en tant que femme, mère et artiste.
Revenir sur le devant de la scène pop n’est jamais simple, surtout lorsqu’il s’agit de proposer une pop moderne, adaptée à son âge, originale et capable de se démarquer. Elle a réussi à faire tout cela.
Quel niveau de planification a été nécessaire pour garantir le succès du déploiement ?
Tout a été planifié de manière stratégique dès le départ : chaque partenaire, chaque opportunité liée aux concerts, à l’album, à la presse, aux singles, aux équipes créatives. Tout faisait partie d’une vision d’ensemble. C’était un véritable plan directeur. Et bien sûr, comme dans tout projet de cette ampleur, il faut aussi savoir gérer les imprévus en cours de route.
Quel est votre degré d’implication dans toutes ces décisions, et quel est celui d’Hilary ?
Nous sommes tous impliqués à 100 %. Je suis présent dans toutes les décisions, et elle aussi. C’est une femme d’affaires extrêmement intelligente et accomplie. Elle connaît parfaitement son métier et, en même temps, elle fait totalement confiance à son équipe. Nous l’avons entourée des meilleurs.
Nous avons des partenaires exceptionnels chez Atlantic Records et Live Nation. Beaucoup sont d’ailleurs des amis de longue date, dont plusieurs Canadiens. C’est parfois amusant de se dire que nous avons débuté ensemble et qu’ils sont aujourd’hui parmi les personnalités les plus influentes de l’industrie musicale.
Colin Lewis, originaire de Toronto, a réalisé un travail remarquable sur les tournées internationales, et Erik Hoffman, président de la musique chez Live Nation Canada, s’est également énormément investi, y compris à l’international.
Du côté de l’agence, CAA a été formidable et s’est impliquée dans tous les aspects de sa carrière. Mon ami de longue date Kenny Meiselas, son avocat, qui m’a aidé à me lancer dans ce métier il y a très longtemps, a été exceptionnel. Phil Sarna, son agent, avec qui je travaille depuis plus de vingt ans, a également été d’un grand soutien. Nous formons une équipe très solide.
L’album s’est classé numéro un au Canada dès sa sortie. Avec votre implication en coulisses et la participation de nombreux Canadiens, diriez-vous que cela a contribué à la popularité de l’album dans ce pays ?
Hilary est populaire au Canada depuis longtemps, tout comme en Australie, en Amérique du Sud et au Royaume-Uni. En plus d’Atlantic Records, j’entretiens d’excellentes relations avec Warner Music Canada, qui a sorti l’album dans le pays.
J’y travaille déjà avec d’autres artistes comme Mother Mother, Jade LeMac et Donovan Woods. Eric Wong, qui dirige maintenant Warner Canada depuis New York, est un ami très proche et un soutien indéfectible depuis des décennies. Madelaine Napoleone, directrice marketing — désormais codirectrice générale — est également une amie. Ils ont accompli un travail remarquable et se sont énormément investis dans ce projet. Nous en sommes ravis.
Le spectacle d’Hilary Duff à History à Toronto était sans conteste l’un des événements marquants de l’année et a contribué à créer un fort engouement. Pouvez-vous nous parler de la tournée Small Rooms, Big Nerves ?
Nous avons organisé quatre concerts dans des salles relativement intimes : au Shepherd’s Bush Empire à Londres, puis à Toronto au History, ensuite au Brooklyn Paramount à New York et enfin au Wiltern à Los Angeles.
L’idée était de tester le marché, d’observer la réaction du public dans le contexte du live, de faire un peu de promotion et de susciter l’intérêt avant la tournée à plus grande échelle.
On sentait un véritable engouement chez les fans, surtout chez les millennials qui ont grandi avec elle et Lizzie McGuire. Quel rôle a joué la nostalgie ?
Il ne fait aucun doute que la nostalgie est un moteur puissant dans l’industrie musicale actuelle. On le voit dans le rock avec Deftones, mais aussi avec des artistes comme Alanis Morissette ou Sarah McLachlan. On retrouve ce phénomène également dans la pop.
Le monde est assez compliqué en ce moment, pour être honnête, et je pense que beaucoup de gens ressentent le besoin de retrouver la légèreté et l’insouciance de leur enfance. Dans le cas d’Hilary, il y a eu de grandes chansons et des moments marquants dont les fans se souviennent avec affection. Et aujourd’hui, beaucoup d’entre eux ont l’âge et les moyens d’aller à des concerts.
Les ventes de la tournée, à l’échelle mondiale, ont été exceptionnelles. Nous bénéficions aussi d’un soutien radio très important, ce qui aide énormément. Et bien sûr, le fait que la musique soit bonne joue un rôle essentiel. Les critiques de l’album sont très positives. C’est le genre de situation où les gens se disent : « Tu as écouté le nouvel album d’Hilary Duff ? Il est vraiment bon. » Cela crée un bouche-à-oreille très favorable, et c’est extrêmement précieux.
Vous avez déjà vu ce genre de succès en seconde période avec Mother Mother, qui a explosé auprès d’une nouvelle génération sur TikTok plus de dix ans après ses débuts. Pensez-vous avoir tiré des leçons de cette expérience que vous appliquez aujourd’hui avec Hilary ?
Absolument. Mother Mother se porte toujours extrêmement bien. Le groupe est diffusé à la radio au Canada et joue maintenant dans des arénas, mais je pense que beaucoup de gens ne réalisent pas à quel point leur succès est international.
L’importance d’une présence mondiale est quelque chose que les Canadiens ont parfois du mal à mesurer. Par nature, nous avons tendance à regarder d’abord notre propre marché. Pourtant, Mother Mother a donné 90 concerts en Europe en seulement deux ans. Ils ont aussi énormément tourné en Amérique du Sud, au Mexique, en Australie et en Asie. Je ne pense pas qu’il existe beaucoup d’autres groupes alternatifs canadiens qui aient une présence internationale aussi forte. Le fait de les intégrer pleinement dans un réseau mondial a fait toute la différence pour eux.
Mother Mother s’est notamment produit à Lollapalooza à Mumbai, Berlin, Paris, ainsi qu’à plusieurs éditions du festival en Amérique du Sud. Nous avons eu la chance de bénéficier d’un soutien considérable de la part de C3 Presents, l’organisateur de Lollapalooza, et d’Huston Powell, qui supervise la programmation internationale. Il est fan de Mother Mother depuis longtemps et nous a ouvert de nombreuses portes à l’étranger.
Peu d’artistes ont l’occasion d’aller à Mumbai, encore moins de jouer devant 50 000 personnes. Pour le groupe, ce fut l’un de leurs souvenirs de festival les plus marquants.
Ces dernières années, j’ai eu la chance d’être très occupé, mais ce qui se passe aujourd’hui est différent. Avec Hilary, tout se déroule à un rythme très intense. Il y a énormément de choses qui se passent en même temps, et nous nous sentons vraiment chanceux de vivre ce moment.

















