Cadre de la semaine : Meg Symsyk, présidente-directrice générale de FACTOR, réaffirme le lien essentiel entre musique canadienne et souveraineté culturelle
À la tête de l’un des organismes les plus influents du pays, la PDG explique pourquoi il est plus crucial que jamais de soutenir la culture locale et de lui permettre de rayonner à l’international.

En matière de soutien à la musique canadienne, l’influence de FACTOR est tout simplement incontournable. Comptant parmi les plus importants bailleurs de fonds artistiques du pays, l’organisme sans but lucratif laisse son empreinte partout : son logo figure sur d’innombrables albums acclamés, et son nom résonne lors de concerts, de vitrines et de remises de prix. Mais pour sa présidente-directrice générale, Meg Symsyk, l’enjeu dépasse largement la simple promotion de la musique canadienne — il touche à la souveraineté culturelle et à l’identité même du pays.
« Acheter local est plus important que jamais, tant pour la sensibilisation des consommateurs que pour le soutien structurel. Il faut encourager les Canadiens à consommer de manière plus réfléchie. Les 18 derniers mois, marqués par les tarifs douaniers et les guerres commerciales, ont mis cette question au premier plan », explique-t-elle.
FACTOR a récemment annoncé un investissement de 2 millions de dollars dans la musique en direct. À l’heure où le streaming bouleverse la rémunération des artistes, soutenir les performances live n’a jamais été aussi crucial. Cette initiative s’inscrit pleinement dans la mission de FACTOR : renforcer l’écosystème musical canadien et offrir aux entreprises les moyens de se démarquer, ici comme à l’international.
Symsyk a également joué un rôle clé dans la mise en œuvre de la Loi sur la diffusion en ligne (projet de loi C‑11), qui modernise pour la première fois en une génération le cadre législatif entourant les médias. Alors que les grandes plateformes étrangères contestent leurs obligations de financement du contenu canadien, elle s’est assurée que le déploiement soit équitable et que les artistes d’ici soient véritablement soutenus.
Lauréate du prix Champion 2025 de Billboard Canada Women in Music, Symsyk veille aussi à ce que FACTOR respecte son mandat en matière de diversité et d’inclusion, et que ses programmes reflètent la population canadienne.
En collaboration avec Music Publishers Canada (MPC), FACTOR soutient de nouveau le programme Women in the Studio National Accelerator, qui offre aux autrices-compositrices-interprètes, productrices, femmes et personnes non binaires, une formation technique, un réseau professionnel et des opportunités de développement de carrière. FACTOR est aussi un partenaire clé du programme international Keychange, qui vise à autonomiser les personnes de genres sous-représentés grâce à la formation, au mentorat et à des occasions de participer à des festivals et conférences. Symsyk a d’ailleurs fièrement soutenu The Beaches lors de l’événement Billboard Women in Music 2026, où elles représentaient le Canada et ont reçu le prix Global Force.
En tant que dirigeante de la semaine, Symsyk s’est entretenue avec Billboard Canada au sujet des initiatives soutenues par FACTOR, de la manière dont l’organisme finance ses partenaires — et, peut-être surtout, des raisons profondes qui motivent ce travail.
Le prix Cadre de la seaine (Executive of the Week) de Billboard Canada sera de retour plus tard cet été.
Lors de l’annonce de votre soutien de 2 millions de dollars à la musique en direct par le biais du Programme de promotion et du Programme des festivals de FACTOR, vous avez déclaré : « En ce moment, soutenir les entreprises canadiennes qui contribuent à façonner notre identité est plus important que jamais. » Pourquoi ?
Au Canada, nous comprenons l’importance d’acheter local. Nous savons qu’investir dans nos propres communautés renforce leur résilience, préserve leur identité et affirme leur souveraineté. Ce principe doit s’appliquer avec la même urgence à la musique. La musique est, par essence, un art narratif : elle raconte qui nous sommes, elle fait partie intégrante de notre culture et peut rayonner à l’échelle mondiale.
Les auditeurs ne choisissent pas toujours consciemment de soutenir les artistes canadiens — souvent, c’est le système qui décide pour eux. Nous sommes les gardiens de notre culture, et je veux que les programmateurs mettent en valeur nos talents et fassent entendre nos voix. Nous pourrions connaître encore plus de succès pour des projets comme Heated Rivalry. Le talent est là : il suffit de soutenir les nôtres.
Comment FACTOR a-t-il évolué et s’est-il adapté à l’état actuel du secteur ?
Nous réévaluons et mettons à jour nos programmes en continu. Pendant la pandémie, un basculement majeur s’est produit : les tournées étant impossibles, de nombreux artistes se sont tournés vers la production d’albums, ce qui a entraîné une hausse importante des investissements dans ce domaine. Puis, dès la levée des restrictions, un afflux massif d’artistes est reparti en tournée.
Notre structure de soutien a été mise à rude épreuve par cette explosion simultanée de demandes. Nos budgets ont dû être ajustés chaque année pour suivre le rythme. Il est essentiel de disposer des fonds nécessaires au bon moment pour répondre aux besoins du marché.
Cette année, vous avez lancé un nouveau programme de financement destiné spécifiquement aux festivals de musique : le Programme des festivals. Pourquoi était-il nécessaire de le lancer maintenant ?
À la sortie de la pandémie, sans fonds supplémentaires pour soutenir les activités essentielles, nous avons puisé dans nos réserves pour financer le Programme de promotion. L’objectif était de recueillir des données et des statistiques solides afin de démontrer au ministère du Patrimoine canadien l’importance vitale de cette partie de l’écosystème. Nous intégrons désormais ces apprentissages à l’ensemble de notre structure de financement.
Cette année, nous avons voulu aller encore plus loin. Nous avons choisi de soutenir directement les festivals de musique pour assurer leur pérennité dans une période particulièrement instable.
Pourquoi est-il important que de grandes entreprises étrangères comme Spotify et Apple Music soutiennent le contenu canadien par le biais de la Loi sur la diffusion en ligne ?
C’est essentiel pour la souveraineté culturelle canadienne. Il ne s’agit pas seulement d’assurer la visibilité du contenu canadien : le projet de loi C‑11 joue un rôle crucial pour permettre aux artistes d’ici de développer leur carrière jusqu’à atteindre la radio, le cinéma et l’ensemble du secteur culturel — que ce soit en duo, en tournée ou sur les grandes scènes télévisuelles et radiophoniques. Ce sont ces moments culturels que tout le monde aime célébrer.
Le gouvernement canadien a récemment renouvelé le Fonds de la musique du Canada jusqu’en 2028. Quelle est l’importance de ce soutien fédéral ?
J’ai été ravi d’apprendre que le gouvernement fédéral actuel a clairement affirmé que « la culture n’est pas un sujet de discussion » dans les prochaines négociations commerciales avec les États-Unis. Notre gouvernement ne laissera pas ce principe être compromis. Au contraire, il s’engage à le défendre fermement — et je soutiens pleinement cette position.
Qu’est-ce qui fait d’un artiste ou d’un projet un investissement judicieux ? Quelles qualités FACTOR recherche-t-il ?
Notre mission est de financer une diversité de talents. Nous considérons tous les genres, toutes les voix et toutes les communautés afin d’offrir aux meilleurs talents de chaque secteur une véritable chance de se faire connaître. Notre objectif est de créer des opportunités, et nos programmes sont constamment réévalués pour suivre l’évolution du secteur.
Nos décisions reposent en grande partie sur la capacité d’un artiste à développer son audience. Pour un label, cela signifie : faites-vous croître l’audience de vos artistes ? Assurez-vous la diffusion de leurs titres ? Nous évaluons systématiquement les financements en fonction de la croissance.
Ce soutien s’adresse aussi aux professionnels déjà actifs dans le secteur mais confrontés à des difficultés indépendantes de leur volonté. Nous veillons à ce qu’ils puissent traverser ces périodes délicates.
Pourquoi est-il important de soutenir les artistes à tous les niveaux ?
Nous vivons une période charnière pour la culture : les plateformes en ligne ont considérablement concentré leur pouvoir. Ce que nous consommons, voyons, entendons — et même ce qui nous est proposé — dépend désormais d’algorithmes et de décisions qui nous échappent. En tant que consommateurs, on nous dit que tout est accessible, mais paradoxalement, j’ai l’impression que nous n’avons jamais été aussi peu informés sur ce qui existe réellement.
Autrefois, on savait qu’un album sortait parce qu’il était visible partout : en magasin, en publicité, à la radio, dans les émissions musicales. Aujourd’hui, il faut suivre les artistes sur les réseaux sociaux. La radio intervient en fin de cycle, alors qu’elle était autrefois un moteur de découverte. Tout est devenu centré sur les tubes.
Il n’a jamais été aussi facile de sortir de la musique, mais la concurrence n’a jamais été aussi féroce. Le volume colossal de morceaux mis en ligne — auxquels s’ajoutent désormais les titres générés par l’IA — complique encore la donne. Et les revenus du streaming sont répartis en fonction du nombre total d’écoutes sur la plateforme : sur 1 000 écoutes, cela ne représente que des miettes, car la majorité va à des artistes comme The Weeknd, Taylor Swift ou Drake.
Les grandes maisons de disques ne signent plus les jeunes artistes comme avant : elles attendent qu’ils aient déjà bâti une audience. Nous voulons permettre aux artistes de subvenir à leurs besoins plus longtemps, afin que, s’ils choisissent de collaborer avec une maison de disques, ils soient en meilleure position pour négocier une relation plus équitable — et obtenir la rémunération qu’ils méritent.
Vous avez fait partie de l’histoire de The Beaches, depuis leurs débuts jusqu’à leur percée mondiale. Qu’est-ce qui vous passionne dans leur parcours ?
Ce que j’aime dans l’histoire de The Beaches, c’est qu’elles ont eu des opportunités. Elles ont signé chez Universal et leur carrière semblait prometteuse. Mais elles n’ont pas été positionnées comme elles le souhaitaient, et leurs idées n’ont pas été prises en compte, ce qui a mis fin à leur collaboration. Elles se sont alors retrouvées indépendantes.
Grâce au soutien de FACTOR, elles ont pu bâtir l’équipe dont elles rêvaient et exprimer pleinement leur identité. Quand on voit ce qu’elles ont accompli, on réalise l’ampleur du bond qu’elles ont fait. Elles dirigent leur propre entreprise. Elles sont les PDG de leurs droits d’auteur et de leur propriété intellectuelle culturelle. C’est formidable — et je souhaite que chaque artiste puisse bénéficier de cette même autonomie.
Reportage complémentaire réalisé par Stefano Rebuli.





















