Comment « Hasn’t Hit Me Yet » de Blue Rodeo est devenue un cri de ralliement au Canada après la tentative de Trump de renommer le lac Ontario
Après le concert annuel de Blue Rodeo à l’amphithéâtre RBC de Toronto, Greg Keelor explique pourquoi le groupe a transformé son tube de 1993 en un gigantesque karaoké autour du lac Ontario.

Rodéo bleu
La chanson « Hasn’t Hit Me Yet » de Blue Rodeo a pris une tout autre signification.
Ce week-end, le groupe a donné son concert annuel à domicile à l’amphithéâtre RBC de Toronto, sur les rives du lac Ontario. Au cours de la soirée, Blue Rodeo a interprété son classique de 1993, dont les paroles évoquent « la neige qui tombe en cette froide nuit de décembre » et « le milieu du lac Ontario ».
Avant de lancer la chanson, le groupe a invité les quelque 16 000 spectateurs à chanter le passage « Lake Ontario » avec « une autorité et une appropriation totales ». La foule ne s’est pas fait prier, reprenant les paroles à pleins poumons.
Si la chanson célèbre depuis toujours le Grand Lac, sa prestation de samedi soir (29 août) ne pouvait pas tomber à un meilleur moment. Quelques jours plus tôt, le président américain Donald Trump avait signé un décret visant à rebaptiser le lac Ontario « lac Amérique », dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre les deux pays.
La décision a rapidement provoqué une levée de boucliers, de nombreux artistes, dont Blue Rodeo, affichant leur attachement au Canada. Ce week-end, JoJo et Iron Maiden ont eux aussi dénoncé le changement de nom lors de leurs concerts respectifs à Toronto.
Dans une nouvelle entrevue accordée à La Presse Canadienne, le chanteur Greg Keelor explique comment Blue Rodeo a choisi de prendre position face à cette situation pour le moins absurde.
Keelor confie qu’il a d’abord eu envie de « s’en prendre violemment à Trump et de l’insulter copieusement ». Il a toutefois opté pour une autre approche : « Je savais que la chanson suffirait », a-t-il expliqué. « Je n’avais pas besoin d’en dire beaucoup. Arriver à ce passage suffirait à enflammer la salle. »
Pendant l’interprétation, une carte mettant en évidence le lac Ontario est apparue sur les écrans derrière le groupe, à la demande de Keelor.
De nombreuses vidéos de la prestation de Blue Rodeo ont depuis circulé sur les réseaux sociaux, où des utilisateurs ont salué le groupe pour avoir transformé un classique canadien en un véritable cri de ralliement.
La réaction du public, explique Keelor, a dépassé leurs attentes. « Nous avons tous été un peu surpris par la vague d’émotion qui a déferlé sur le public à ce moment-là », a-t-il confié. « Cela prend désormais un tout autre sens. J’en suis ravi. »
Si le nom du lac Ontario figure toujours sur les cartes canadiennes, il aurait été remplacé par « Lake America » sur Google Maps aux États-Unis.
Keelor y voit « une autre facette de sa bêtise » et quelque chose de « tellement anti-canadien ». Le groupe, assure-t-il, continuera néanmoins de défendre ce qui lui semble juste : « On ne se laisse pas faire. On ne lâche rien. »
Le chanteur raconte que le morceau a été écrit à la suite d’une promenade à Port Hope, en Ontario.
« C’est une étendue d’eau très puissante », explique-t-il. « Pour la plupart des Canadiens, ce n’était pas vraiment quelque chose qui les préoccupait : c’était simplement le lac Ontario. Mais maintenant, il a pris une importance particulière et est devenu une sorte de ligne de démarcation. »
Il ajoute : « Les peuples autochtones entretenaient une relation avec ce lac des milliers d’années avant notre arrivée. »
Blue Rodeo doit donner plusieurs concerts au Canada en octobre et Keelor se réjouit à l’idée que la chanson puisse contribuer à rassembler les Canadiens. « Nous sommes très heureux d’avoir ce passage dans la chanson à ce moment précis, car c’est un peu un appel à la mobilisation », a-t-il déclaré à La Presse canadienne. « Si la chanson parvient à insuffler un nouvel élan au pays, c’est formidable. »
Depuis le retour de Trump à la présidence, Keelor explique que Blue Rodeo a évité de se produire aux États-Unis, évoquant simplement un manque d’« envie d’aller jouer là-bas ».



















