Les revenus de la musique enregistrée au Canada en hausse pour une 11e année consécutive : rapport mondial sur la musique 2026 de l’IFPI
Selon les dernières données de l’IFPI, les revenus de la musique enregistrée au Canada ont poursuivi leur croissance pour atteindre 957,9 millions de dollars, bien que le pays ait reculé d’un rang pour devenir le neuvième marché mondial.

En matière de musique, le Canada continue de se distinguer sur la scène internationale.
Selon le rapport mondial sur la musique de l’IFPI (Fédération internationale de l’industrie phonographique), récemment publié, les revenus de la musique enregistrée au Canada ont augmenté pour une 11e année consécutive en 2025.
L’étude annuelle propose une analyse approfondie du marché mondial de la musique, en examinant les enjeux et les tendances du secteur.
Le rapport indique que le marché de la musique enregistrée au Canada a connu une croissance de 5,6 % l’an dernier, pour atteindre 957,9 millions de dollars.
Cela représente une hausse notable par rapport aux résultats de l’année précédente, qui faisaient état d’une croissance relativement modeste de 1,5 %, pour atteindre 660,3 millions de dollars américains. Toutefois, les chiffres de 2024 doivent être mis en perspective avec une année 2023 exceptionnellement élevée, gonflée par un versement important de revenus liés aux droits d’exécution.
Malgré ce niveau de revenus, le Canada a perdu une place au classement mondial et occupe désormais le neuvième rang des marchés les plus importants au monde.
« Nous avons un impact disproportionné par rapport à notre taille », affirme Patrick Rogers, PDG de Music Canada, l’association professionnelle représentant les trois principales maisons de disques canadiennes. « Cet impact disproportionné repose sur des lois de droit d’auteur solides et sur des fondamentaux de marché solides. »
Le streaming, moteur de revenus
Music Canada et l’IFPI considèrent le streaming comme un catalyseur clé.
Les revenus globaux ont augmenté de 4,5 % pour atteindre 747 millions de dollars, tandis que les revenus du streaming par abonnement ont progressé de 3,4 % pour atteindre 598,5 millions de dollars. Ceux du streaming financé par la publicité (audio et vidéo combinés) ont quant à eux augmenté de 9,4 % pour atteindre 148,3 millions de dollars.
« L’idée de pouvoir écouter n’importe quelle chanson jamais enregistrée, quand on le souhaite, comme on le souhaite, via le service de son choix, est vraiment formidable », déclare Rogers.
Pourtant, les ventes de musique physique ont progressé de 15,9 % pour atteindre 122,2 millions de dollars, portées par le vinyle, le CD et d’autres formats. Bien que ces résultats soient significatifs, précise Rogers, ils restent sans commune mesure avec les bouleversements de l’ère du piratage, lorsque certains auditeurs téléchargeaient illégalement de la musique à la fin des années 1990 et au début des années 2000, entraînant une chute des ventes de supports physiques. Près de trente ans plus tard, le streaming a rendu la musique accessible à tous.
« Les Canadiens ont réévalué la valeur de la musique, au point que les gens sont de nouveau ravis de payer pour y accéder », explique-t-il.
Le Canada n’est pas le seul concerné. À l’échelle mondiale, le marché de la musique a connu une croissance en 2025. Pour la première fois, les revenus de la musique enregistrée ont dépassé les 30 milliards de dollars — un niveau inédit depuis 1999, hors inflation.
Le streaming par abonnement payant a progressé de 8,8 % et représente désormais 52,4 % de l’écosystème mondial.
Alors que les États-Unis ont enregistré une croissance de 3,5 %, la plus forte hausse des revenus a été observée en Amérique latine, que l’IFPI qualifie de « région à la croissance la plus rapide ». Celle-ci a connu une progression de 17,1 %, bien que ce chiffre soit en recul par rapport à la hausse de 22,5 % enregistrée l’année précédente.
Les revenus de synchronisation en hausse
Le rapport conclut que l’augmentation des revenus est largement attribuable aux usages numériques et à la musique consommée sur nos écrans.
Au Canada, les revenus liés aux droits d’exécution ont augmenté de 4,8 % pour atteindre 58,7 millions de dollars, tandis que les revenus de synchronisation ont bondi de 11,0 % pour s’établir à 13,8 millions de dollars. Ces résultats illustrent la forte demande pour la musique enregistrée dans le cinéma, la télévision, la publicité et les jeux vidéo.
« Les excellents résultats du Canada témoignent du succès d’un écosystème musical innovant et fondé sur des licences, qui permet de connecter les fans à la musique qu’ils aiment tout en soutenant l’investissement continu dans les artistes, les nouvelles sorties et le développement de carrière à long terme », conclut Rogers.
Le pouvoir de star transcontinental de Tate McRae
L’IFPI cite l’exemple d’une artiste canadienne ayant connu un succès international : Tate McRae. Bien que l’artiste, signée chez RCA Records, ne figure pas dans le classement mondial des artistes de l’IFPI, le rapport souligne son ascension fulgurante dans l’industrie musicale.
Lorsque son single « You Broke Me First » est sorti en 2020, le succès n’a pas été immédiat. Mais dans les mois qui ont suivi, la fidélité de ses fans a propulsé le titre sur les ondes. Cette sortie illustre parfaitement la manière dont son label collabore avec elle : une approche patiente, fondée sur les données, mais guidée par son intuition artistique.
L’infrastructure mondiale et les investissements de RCA ont amplifié l’impact de McRae à l’échelle internationale. Le soutien précoce du Royaume-Uni a contribué à son rayonnement, tout comme les efforts de promotion déployés sur les principaux marchés.
Son équipe a également misé sur les tournées comme levier de croissance, avant et pendant la sortie de ses albums, assurant une présence constante. Cette stratégie s’est révélée payante : l’an dernier, elle a franchi une étape majeure avec près de 111 millions de dollars de recettes pour sa tournée mondiale Miss Possessive, lancée en soutien à son troisième album studio, So Close To What, qui s’est hissé en tête des ventes.
« Nous entretenons d’excellentes relations avec elle », déclare Peter Edge, PDG du label. « Elle est très collaborative. Nous avançons dans la même direction. Elle nous pousse à repenser nos stratégies ; c’est une artiste moderne, et nous sommes là pour soutenir sa vision. »
Le rôle de l’IA dans l’industrie
Le rapport identifie deux grandes priorités politiques : établir une nouvelle relation avec l’IA générative et lutter contre la fraude au streaming à l’aide de l’IA. La première constituait déjà un thème majeur du rapport de l’année précédente et demeure l’un des enjeux les plus déterminants — et controversés — à l’intersection de la musique et de la technologie.
Alors que l’industrie musicale débat des usages éthiques de l’IA, le rapport souligne que les maisons de disques ne s’en détournent pas. Au contraire, elles explorent activement des modèles de licences susceptibles de générer de nouveaux revenus pour les artistes.
Parallèlement, la fraude au streaming — qui consiste à générer artificiellement des écoutes pour du contenu manipulé — suscite des préoccupations croissantes à l’échelle mondiale, en raison de son impact direct sur les revenus des artistes.
Plusieurs controverses récentes impliquant des artistes canadiens illustrent cette problématique. L’an dernier, l’auteure-compositrice-interprète Leith Ross a dénoncé l’ajout de huit chansons générées par intelligence artificielle à son profil sur Spotify. En janvier, la plateforme a également retiré quatre titres publiés sur la page de l’icône canadienne Anne Murray.
Ross s’est jointe à des figures majeures comme Sarah McLachlan et Mac DeMarco dans le cadre d’une campagne menée par la SOCAN pour mettre fin à la musique générée par IA sans licence.
« Surtout dans le modèle actuel du streaming, chaque écoute frauduleuse vient polluer les données de celles qui comptent réellement pour les artistes, ici au Canada », explique Patrick Rogers.
Malgré ces défis et les appels à l’action, le secteur continue d’explorer de nouvelles approches.
« Les maisons de disques collaborent étroitement avec les plateformes pour créer des espaces où la meilleure musique du monde côtoie les nouveautés et les genres émergents. Mais cela ne doit pas devenir un terrain propice à du contenu de faible qualité destiné à exploiter ce marché. »
Consultez le rapport complet de l'IFPI ici et d'autres faits saillants internationaux ici.

















