advertisement
Français

Les répercussions du verdict antitrust contre Live Nation sur le marché canadien du spectacle et de la billetterie

La semaine dernière, Live Nation et Ticketmaster ont été reconnus coupables d’avoir enfreint les lois antitrust fédérales et étatiques. Cette décision pourrait-elle inciter des mesures similaires au Canada?

Les répercussions du verdict antitrust contre Live Nation sur le marché canadien du spectacle et de la billetterie
Photo de Tijs van Leur sur Unsplash

Une semaine après la défaite retentissante de Live Nation dans son procès antitrust, l’industrie musicale s’interroge sur la suite des événements — non seulement aux États-Unis, mais aussi au Canada.

Bien que le verdict ne s’applique officiellement qu’aux États-Unis, où l’affaire a été menée par le ministère de la Justice, ses répercussions pourraient rapidement se faire sentir au nord de la frontière.


Le jury a infligé une défaite sans appel à Live Nation, concluant que l’entreprise exerçait un monopole illégal. Il lui reproche notamment de dominer le marché de la billetterie — en particulier pour les concerts et les amphithéâtres — et de conditionner l’accès à ses salles à l’utilisation de ses services de promotion. L’issue du dossier reste incertaine, mais pourrait mener à une vente de Ticketmaster aux États-Unis.

advertisement

« Une décision comme celle-ci est capitale », affirme Lucas McCarthy, fondateur et PDG de Showpass, l’une des principales sociétés de billetterie indépendantes au Canada.

Selon lui, les autorités publiques interviennent rarement pour sanctionner des pratiques anticoncurrentielles, tant au Canada qu’aux États-Unis, et uniquement dans des secteurs jugés essentiels.

« C’est révélateur des temps : la billetterie et les spectacles sont devenus aussi importants pour les gens que des besoins de base comme la nourriture ou le logement », explique-t-il à Billboard Canada. « Cela montre à quel point le divertissement en direct occupe une place centrale dans la société. »

Au Canada comme aux États-Unis, Ticketmaster domine largement le marché de la billetterie de concerts. De son côté, Showpass, basée à Calgary, s’est imposée en ciblant des segments variés — des parcs d’attractions aux musées, en passant par les foires et les événements en direct. En volume, sinon en valeur, l’entreprise se considère aujourd’hui comme l’un des principaux distributeurs de billets au pays.

« En tant que concurrent et amateur de musique, je pense que ce verdict va dans la bonne direction, même s’il ne se répercute pas immédiatement au Canada », ajoute McCarthy.

advertisement

Autre acteur important du secteur, Tixr, bien que fondée aux États-Unis, est solidement implantée au Canada, où ses opérations sont dirigées par Stéphane McGarry.

Aux côtés du PDG et cofondateur Robert Davari, McGarry se dit lui aussi optimiste quant aux effets potentiels du verdict au Canada.

« Le Canada a l’occasion de suivre cet exemple », souligne-t-il à Billboard Canada. « Aux États-Unis, il est très difficile de prouver un comportement monopolistique — et cela vient d’être fait devant les tribunaux. Si le Bureau de la concurrence s’en saisit, comme nous l’espérons, il disposera désormais d’un cadre de référence. »

Selon Stéphane McGarry, l’emprise de Live Nation sur le marché canadien est comparable à celle observée aux États-Unis, tant par son ampleur que par ses méthodes. Il rappelle d’ailleurs que le PDG de l’entreprise, Michael Rapino, est Canadien et a fait ses débuts dans la promotion de spectacles au pays.

Robert Davari, cofondateur de Tixr, figurait parmi les témoins appelés lors du procès intenté par le ministère de la Justice, sans toutefois avoir eu l’occasion de comparaître avant qu’un accord à huis clos — finalement rejeté — ne soit conclu.

advertisement

Selon lui, le modèle verticalement intégré de Live Nation et de Ticketmaster constitue un frein majeur à la concurrence. Il affirme avoir préparé plusieurs exemples concrets pour démontrer comment cette structure empêche des entreprises indépendantes de rivaliser équitablement, que ce soit par des acquisitions directes ou par des formes d’influence plus indirectes.

Au cours des 13 années d’existence de Tixr, explique Davari, Live Nation a racheté plusieurs salles partenaires, entraînant systématiquement la perte des contrats au profit de Ticketmaster. McGarry dit avoir observé des situations similaires au Canada, notamment à Toronto, Vancouver, Ottawa et Montréal, où des rachats ont mené à la résiliation de contrats.

advertisement

« Dans la plupart des secteurs, le meilleur produit l’emporte », souligne Davari. « Mais ici, en raison d’un acteur dominant, ce n’est pas le cas. »

Pour lui, l’existence même de Tixr contredit l’idée avancée par Live Nation selon laquelle sa position dominante reposerait uniquement sur le mérite.

« Nous avons conçu cette entreprise pour offrir une alternative plus moderne et plus performante à Ticketmaster », affirme-t-il, ajoutant que les retours des utilisateurs confirment cette ambition. « Mais notre marché potentiel a été considérablement réduit par l’intégration de leurs activités — promotion, gestion et billetterie — qui crée une sphère d’influence limitant le libre choix des consommateurs. »

De son côté, Showpass a choisi de se développer en ciblant des segments où la concurrence avec les grandes salles de concerts est moins directe. Pour ses dirigeants, le verdict américain pourrait toutefois ouvrir la voie à un marché plus concurrentiel et stimuler l’innovation.

Ils soulignent que certaines grandes plateformes de billetterie génèrent des milliards de dollars sans offrir des fonctionnalités désormais essentielles, comme le paiement mobile ou la réservation simplifiée. Dans un environnement plus ouvert, de nouveaux acteurs pourraient émerger — avec, à la clé, une expérience améliorée pour les consommateurs et possiblement une baisse des prix des billets.

« Cela pourrait faire émerger une nouvelle génération d’entreprises plus dynamiques et prêtes à innover », estime McCarthy. « On peut s’attendre à une nette accélération de l’innovation. »

Showpass et Tixr se distinguent de Ticketmaster par des modèles d’affaires axés sur la flexibilité et l’innovation.

En plus de se positionner sur une variété d’« expériences » en direct, Showpass collabore avec des promoteurs indépendants en s’appuyant sur des outils de données avancés — analyse d’audience, données de streaming et interactions sur les réseaux sociaux — pour repérer les artistes émergents. L’entreprise a également développé une plateforme facilitant la coordination entre acteurs indépendants et l’achat collectif de spectacles à travers le Canada, une approche jugée plus avantageuse pour les artistes et les salles que la vente isolée de dates de tournée.

advertisement

« Nous avons intégré une quantité considérable de technologies dans un seul outil afin de permettre aux indépendants de rivaliser avec des conglomérats multinationaux, sans en supporter les coûts », explique Lucas McCarthy.

Ce dernier affirme que Showpass a généré 1,8 milliard de dollars pour l’économie canadienne au cours des 30 derniers jours, notamment grâce à des investissements dans des événements indépendants comme le festival SUMO, qu’il produit lui-même.

De son côté, Tixr met de l’avant un modèle « pro-fans, pro-organisateurs », qui permet à ses partenaires de conserver la propriété de leurs données et de mieux contrôler leurs activités. La plateforme propose également des outils pour gérer la revente de billets et diversifier l’offre aux spectateurs, notamment par la vente simultanée de produits dérivés, de nourriture et de boissons.

Malgré leur optimisme face au procès intenté par le ministère de la Justice, ni Showpass ni Tixr ne se positionnent comme des adversaires directs de Live Nation. Les deux entreprises se voient plutôt comme des acteurs appelés à coexister sur un marché élargi.

advertisement

Tixr soutient que sa technologie pourrait même bénéficier à l’ensemble du secteur, y compris à Live Nation, et se dit ouverte à des collaborations. Dans un contexte de forte croissance du spectacle vivant, Stéphane McGarry affirme que son entreprise est prête à travailler avec tous les acteurs de l’industrie canadienne, grands comme petits, dès que le marché gagnera en dynamisme.

Il espère par ailleurs que le Bureau de la concurrence du Canada se saisira du dossier, quitte à ce qu’un groupe d’entreprises fasse pression en ce sens.

« Si vous connaissez le Canada, vous savez que ça peut prendre du temps », conclut-il. « Mais à terme, si les choses évoluent, ce sont les fans qui en sortiront gagnants. »

advertisement
Justin Bieber
Photo de courtoisie
Justin Bieber
Français

Justin Bieber signe un retour remarqué dans les palmarès de Billboard Canada à la suite de ses performances très médiatisées à Coachella

Sept chansons et six albums de la discographie du chanteur canadien ont réintégré les palmarès à la suite de ses prestations en tête d’affiche au festival. Parmi ces retours, l’un se démarque particulièrement : l’album Journals (2013) fait son entrée dans le palmarès des albums canadiens de Billboard, plus de douze ans après sa sortie.

La musique de Justin Bieber domine de nouveau les classements dans son pays d’origine.

Après deux week-ends de « Bieberchella » — le surnom affectueux donné à ses performances en tête d’affiche à Coachella les 11 et 18 avril — plusieurs chansons et albums du chanteur pop‑R&B ont refait surface dans les palmarès Billboard Canadian Albums et Billboard Canadian Hot 100, datés du 25 avril.

LIRE PLUSShow less
advertisement