Des enjeux qui ne peuvent plus attendre : un rapport révèle l’impact de l’industrie musicale canadienne sur la santé mentale
Dans la première étude canadienne exhaustive consacrée à la santé mentale dans le secteur de la musique, la chercheuse principale Catherine Harrison analyse les effets du stress, de la consommation de substances et du succès financier sur les travailleurs de l’industrie musicale à travers le pays. Elle y explique également les pistes envisagées pour aller de l’avant.
Les chercheurs tirent la sonnette d’alarme sur la santé mentale dans l’industrie musicale.
Un nouveau rapport de Revelios [Mental Health Works], intitulé Soundcheck : La santé mentale dans l’industrie musicale canadienne, dresse un constat préoccupant : le manque de ressources en santé mentale dans le secteur aurait atteint un point critique.
Dans le prolongement d’un rapport préliminaire publié en mai dernier, les chercheurs évoquent des « défis urgents nécessitant une action » et identifient plusieurs facteurs majeurs à l’origine des difficultés psychologiques observées dans l’industrie. Parmi eux : le stress financier, des attentes de performance jugées irréalistes et les exigences en constante évolution du secteur.
Présentée comme la première étude canadienne exhaustive du genre, cette recherche s’appuie sur les témoignages de plus de 1 250 professionnels de la musique à travers le pays. Les données ont été recueillies au moyen de sondages bilingues, de groupes de discussion et d’entretiens approfondis. Artistes, techniciens, gérants, exploitants de salles, enseignants, professionnels des médias, personnel de festivals et dirigeants figurent parmi les participants.
Ces résultats confirment que le problème dépasse largement le cadre des musiciens.
« Il est essentiel de disposer de nos propres données de référence canadiennes. On a souvent tendance à croire que la situation n’est pas aussi grave ici qu’ailleurs ; or, ce rapport remet directement en question cette idée reçue », explique Catherine Harrison, présidente et fondatrice de Revelios. « Les conclusions font écho aux données internationales et devraient susciter une discussion franche et ouverte sur le bien-être au sein de notre industrie. »
Un problème qui touche tout l’écosystème
Pour Harrison, la santé mentale ne peut être envisagée comme un enjeu limité aux artistes.
« La mauvaise santé mentale n’est pas un problème propre aux artistes. Elle touche tous les rôles, tous les types d’organisations – entreprises, associations, travailleurs indépendants. C’est tout l’écosystème qui est affecté. Tant que nous ne le reconnaîtrons pas, notre réponse restera insuffisante. »
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 94 % des participants estiment que les problèmes de santé mentale sont répandus dans l’industrie. 86 % déclarent en avoir personnellement fait l’expérience, tandis que 95 % affirment avoir vu d’autres personnes en difficulté.
Les symptômes les plus fréquemment rapportés incluent l’anxiété, la fatigue, une tristesse persistante et des troubles du sommeil. Faute de soutien adéquat, ces difficultés peuvent mener à l’épuisement professionnel, à une détresse importante et, dans les cas les plus graves, à des pensées suicidaires.
Entre 43 % et 53 % des répondants indiquent avoir déjà estimé que la vie ne valait plus la peine d’être vécue ou avoir envisagé le suicide.
« Ce n’est pas une simple note de bas de page. C’est une crise », insiste Harrison.
Pressions financières et précarité
Le rapport souligne que nombre de ces difficultés sont étroitement liées à la structure même de l’industrie musicale canadienne.
La précarité financière et l’instabilité de l’emploi apparaissent comme des enjeux centraux : 84 % des participants affirment être directement affectés par l’irrégularité de leurs revenus. À l’inverse, seuls 5 % se disent confiants quant à leur avenir dans le secteur.
La consommation de substances psychoactives constitue également une source d’inquiétude. Bien que 86 % des répondants affirment que cette consommation est mal perçue, 58 % évoquent une honte persistante associée à la sobriété ou au rétablissement, révélant une stigmatisation toujours bien présente.
Le sommeil représente un autre défi majeur : seulement 10 % des participants estiment dormir suffisamment pour fonctionner de manière optimale.
Un besoin d’action systémique
Si la quasi-totalité des répondants (97 %) jugent essentielle la sensibilisation à la santé mentale, 80 % déclarent n’avoir jamais reçu de formation formelle sur le sujet. Seuls 10 % considèrent que leur milieu de travail offre des mesures de soutien adéquates.
« Ce qui m’a frappée, c’est la persistance de la stigmatisation – autour des problèmes de santé mentale, de la consommation de substances et même du simple fait de demander de l’aide », explique Harrison. « À cela s’ajoute une faible confiance envers les dirigeants du secteur, ce qui contribue largement au fait que tant de personnes souffrent en silence. »
Pour Harrison, la sensibilisation seule ne suffit plus.
« La sensibilisation sans action n’est que de l’information. »
Elle plaide pour des changements structurels durables, fondés sur des systèmes de soutien robustes, une meilleure communication et le développement de réseaux de pairs à l’échelle de l’industrie.
« Le bien-être ne peut être laissé à la seule responsabilité des individus. Il doit devenir un enjeu structurel, intégré au fonctionnement même du secteur. »
Consultez le rapport complet ici


















