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« Protéger le Prix » : le Prix de musique Polaris se réinvente à l’aube de sa troisième décennie

Le prix de la critique musicale canadienne a élargi son bassin de votants, adapté son fonctionnement aux contraintes financières et commencé à récompenser autant les chansons que les albums. Après plusieurs années consacrées à recentrer son mandat, ces changements marquent un élargissement important de la mission de l’organisation.

Amber Still, executive director of the Polaris Music Prize

Amber Still, directrice générale du Prix de musique Polaris

Johanna Stickland

En 2025, le Prix de musique Polaris a célébré son 20e anniversaire. À l’aube de sa troisième décennie, le Prix de musique Polaris traverse ce qui pourrait être la plus importante période de transformation de son histoire. Du financement au processus de vote, l’organisation continue de faire évoluer son modèle.

Depuis près de vingt ans, cet organisme culturel sans but lucratif s’efforce de créer un espace au sein de l’industrie musicale canadienne où les artistes sont reconnus uniquement pour leur mérite artistique, indépendamment des ventes, du genre musical ou du soutien d’une maison de disques. Fondé au milieu des années 2000 comme l’équivalent canadien du Mercury Prize britannique, Polaris est devenu un organisme de bienfaisance canadien enregistré en 2017.


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Au cours de ses vingt années d’existence, le Prix de musique Polaris a récompensé de nombreux artistes de renom, dont Kaytranada, Haviah Mighty, Jeremy Dutcher — à deux reprises —, Caribou et Feist. Grâce au Prix du patrimoine Polaris de la famille Slaight, l’organisation a également honoré des figures légendaires comme Alanis Morissette, Leonard Cohen, Beverly Glenn-Copeland et Neil Young.

Pour souligner son anniversaire, Polaris a créé le Prix de la chanson SOCAN Polaris et lancé le Festival Polaris, un événement de plusieurs jours présenté à Toronto et mettant en vedette un vaste éventail de talents canadiens.

Toutefois, malgré l’introduction de nouvelles initiatives au cours du cycle de prix 2025, la récompense accordée au lauréat du prix de l’album est passée de 50 000 $ à 30 000 $. Les dix artistes de la courte liste ont également cessé de recevoir les bourses de 3 000 $ qui leur étaient auparavant remises, ce qui pourrait témoigner des pressions financières auxquelles l’organisation est confrontée.

Alors qu’il entame sa 21e année, le Prix de musique Polaris cherche donc de nouvelles façons d’assurer sa pérennité, en expérimentant de nouvelles initiatives sans renoncer à ses principes fondateurs.

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Un nouveau processus de vote final pour l’album

La semaine dernière, Polaris a dévoilé les dix albums finalistes de 2026, qui se disputent le titre de meilleur album canadien de l’année. La sélection comprend notamment Charlotte Cornfield, Peaches, Tanya Tagaq et l’un des groupes canadiens les plus en vue du moment, Angine de Poitrine.

Cette année, le lauréat sera toutefois choisi d’une toute nouvelle manière.

Lors de l’annonce de la courte liste au festival NXNE, l’organisation a discrètement révélé que l’album gagnant serait désigné par un panel de 205 votants. Il s’agit du premier changement majeur apporté au processus de sélection final en vingt ans.

Auparavant, un jury composé de plus de 200 membres établissait les listes longue et courte, mais la décision finale revenait chaque année à un grand jury de 11 personnes. Dix de ces jurés étaient chargés de défendre l’un des albums finalistes, tandis qu’un onzième membre jouait un rôle neutre afin d’encadrer les discussions et de faciliter la sélection du lauréat.

Les longues délibérations et le vote des grands jurés, réunis dans une même salle, puis sur Zoom après la pandémie, constituaient un élément fondamental de l’identité du prix depuis sa création. Le changement adopté cette année représente donc une transformation majeure pour l’organisation.

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« C’est quelque chose auquel nous réfléchissons depuis un certain temps », explique Amber Still, directrice générale du Prix de musique Polaris, à Billboard Canada.

Still a rejoint le conseil d’administration de l’organisation en 2021, succédant à Claire Dagenais, qui avait elle-même pris la relève en mars 2020 après le départ du fondateur de Polaris, Steve Jordan.

« Depuis mon arrivée au conseil d’administration, nous avons examiné tout ce que Polaris faisait afin de déterminer comment nous pouvions l’améliorer ou y trouver de nouvelles possibilités », affirme Still, citant notamment le déménagement du gala et de la cérémonie de remise des prix au Massey Hall en 2023.

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Selon elle, l’élargissement du vote final s’inscrit dans le cadre d’un « projet pilote » d’un an, qui permettra à l’organisation d’en évaluer l’efficacité et de recueillir les commentaires des membres du jury.

« Nous procéderons à une évaluation à la fin du projet, puis nous déciderons s’il doit devenir permanent », précise-t-elle.

Avant le vote final, l’organisation a également mis en place des séances de discussion virtuelles ouvertes à l’ensemble du jury. Celles-ci permettent aux jurés de se rencontrer sur Zoom et d’échanger au sujet des albums en nomination. Plutôt que de classer plusieurs choix, chaque membre votera une seule fois pour l’album qu’il souhaite voir gagner.

« Il est important pour nous que tous les jurés puissent soutenir l’album gagnant et comprendre pourquoi il a remporté le prix », explique Still.

Composé de journalistes musicaux, de critiques, de professionnels de l’industrie et d’universitaires, le panel de 205 votants a été soigneusement constitué afin de refléter la diversité des publics musicaux à travers le pays.

« Nous veillons à ce que le nombre de jurés soit proportionnel à la population de chaque province afin de représenter le plus fidèlement possible la géographie du Canada », explique Still. « Même si nous ne tenons pas compte du genre musical dans le processus de sélection, nous voulons que tous les genres soient représentés parmi nos jurés. Notre devise est : “Protéger le Prix”. »

Le Prix de la chanson SOCAN Polaris

Alors que Polaris a longtemps considéré l’album comme la principale forme d’expression artistique à récompenser, cette approche a commencé à évoluer l’année dernière avec la création du Prix de la chanson SOCAN Polaris.

Mustafa a remporté la toute première édition grâce à son poignant titre « Gaza Is Calling ». La récompense de 10 000 $ est partagée entre les interprètes canadiens et les auteurs-compositeurs canadiens crédités sur la chanson.

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Le même groupe de 205 votants avait été chargé de désigner le titre gagnant de 2025, mettant ainsi à l’essai, sans le savoir, le nouveau processus aujourd’hui appliqué à la catégorie des albums. Selon l’organisation, cette première expérience a démontré que l’élargissement du bassin de votants pouvait être efficace et reproduit dans d’autres volets du prix.

« Nous avions davantage d’assurance quant à la faisabilité du projet », affirme Still. « Cela a facilité sa mise en œuvre cette année. »

Selon Still, l’objectif du Prix de la chanson était de mettre en lumière « tout un nouveau groupe d’artistes » qui ne publient pas nécessairement d’albums complets. Ironie du sort, tous les artistes retenus lors de la première édition figuraient également parmi les candidats au prix de l’album. À terme, l’organisation souhaite toutefois élargir son champ d’action afin de célébrer des œuvres qui, autrement, pourraient passer inaperçues.

Cette première édition a également marqué le lancement du portail de soumission de Polaris, une plateforme permettant aux artistes de proposer directement leurs chansons et leurs albums. Auparavant, un album devait être recommandé personnellement par un membre du jury pour être admissible. Les jurés doivent désormais eux aussi déposer leurs découvertes sur le portail afin qu’elles puissent être officiellement examinées et discutées sur le forum de l’organisation.

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Cette année, 410 albums ont été soumis entre le 1er septembre 2025 et le 1er mai 2026. Selon Aaron Brophy, responsable des communications de Polaris, sept albums déposés directement par des artistes ont été retenus sur la longue liste, tandis que trois d’entre eux se sont hissés jusqu’à la courte liste.

Surmonter les difficultés financières

Bien que le Prix de la chanson ait été bien accueilli, son lancement a également mis en lumière certaines contraintes financières au sein de l’organisation.

Aux côtés de FACTOR, la Fondation de la famille Slaight, créée par le philanthrope canadien Gary Slaight, compte parmi les principaux bailleurs de fonds du Prix de musique Polaris.

« Ils nous soutiennent depuis longtemps et nous ont versé plus d’un million de dollars au fil des ans, une somme qui a été entièrement remise aux artistes. Mais l’année dernière, ils ont commencé à réduire leurs contributions », explique Still.

Depuis l’ajout du Prix de la chanson, la Fondation Slaight verse désormais un total de 40 000 $ à deux lauréats, plutôt que 50 000 $ à un seul gagnant.

« Nous avons connu des hauts et des bas au cours de la dernière année », poursuit Still. « En tant qu’organisme de bienfaisance, nous avons vu certaines contributions de partenaires de longue date diminuer légèrement pour diverses raisons. En revanche, nous avons pu obtenir des subventions auxquelles nous n’avions pas accès auparavant. Il a fallu faire des compromis. »

Elle ajoute : « C’est intéressant, parce que nous produisons plus de contenu que jamais. Plusieurs de nos partenaires dépendent du financement gouvernemental, et le Canada traverse depuis quelques années une période de turbulences économiques. Ces fluctuations ont nécessairement des répercussions sur les organisations. »

Le lancement du Festival Polaris, présenté en partenariat avec SiriusXM Canada, constitue toutefois l’une des réussites financières récentes de l’organisation.

« En matière de sommes versées aux artistes, nous avons battu tous nos records », affirme Still. « Au bout du compte, notre impact sur les artistes que nous cherchons à soutenir est plus important que jamais. C’est ce qui compte et ce qui nous motive. »

Créer des liens avec le public en Ontario et ailleurs

La première édition du Festival Polaris mettait en vedette de nombreux artistes canadiens, dont Begonia, Charlotte Cornfield, Jaywood, Cadence Weapon, Shad, The Dears et Myst Milano. Plusieurs d’entre eux avaient déjà remporté un Prix de musique Polaris ou figuré parmi ses finalistes. Selon Still, le succès de l’événement a convaincu l’organisation de poursuivre l’initiative.

« Nous avions initialement prévu six événements, mais nous en avons finalement présenté 22 », explique-t-elle. « Nous avons programmé plus de 101 artistes. Nous avons compris qu’il s’agissait d’une véritable occasion à saisir. L’impact correspondait parfaitement à nos objectifs. »

Le festival sera de retour en septembre.

Bien que l’organisation et plusieurs de ses jurés soient établis à Toronto, Still affirme que Polaris souhaite également rejoindre les amateurs de musique ailleurs au pays.

« Nous sommes une organisation nationale. Nous avons eu beaucoup de chance d’obtenir du financement ici, mais nous aimerions trouver des occasions de concrétiser nos projets dans toutes les grandes provinces. »

L’un des principaux objectifs de ces transformations est de créer davantage de liens avec le grand public et les amateurs de musique de partout au Canada.

Si le Prix de musique Polaris jouit d’une solide réputation auprès des médias et des professionnels de l’industrie, il demeure moins connu du grand public.

« Nous sommes respectés dans l’industrie musicale, mais nous n’avons jamais vraiment cherché à expliquer au public ce que nous faisons et ce qui nous rend uniques », reconnaît Still. « Nous voulons proposer une programmation qui incite les gens à entrer dans une salle de concert locale ou à découvrir un artiste qu’ils connaissent déjà et apprécient, afin qu’ils soient ensuite amenés à s’intéresser à Polaris. »

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Steve's Music Store in Toronto.
Photo de courtoisie

Le magasin de musique de Steve à Toronto.

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Le magasin de musique Steve’s mettra aux enchères en ligne le reste de son matériel

Après la fermeture de son dernier magasin sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, la célèbre boutique de musique canadienne mettra aux enchères plus de 2 000 lots, dont des instruments et du matériel musical, lors d’une vente aux enchères de deux jours, les 22 et 23 juillet.

Le magasin de musique Steve’s tourne la page sur son dernier chapitre.

La maison Continental Auctioneers a annoncé la tenue d’une vente aux enchères de deux jours, les 22 et 23 juillet, afin de liquider l’ensemble du stock restant de Steve’s Music Store. L’emblématique entreprise canadienne a annoncé la semaine dernière la fermeture de sa dernière succursale physique, située sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, mettant ainsi fin à 61 ans d’activité pour l’un des commerces les plus importants de la scène musicale locale.

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