Live Nation a perdu son procès pour monopole. Quelles sont les prochaines étapes? La vente de Ticketmaster est‑elle réellement envisageable?
Alors que le verdict antitrust du jury contre Live Nation commence à faire retomber la poussière, Billboard se penche sur les prochaines étapes de cette bataille juridique aux enjeux considérables.

Penny Harrison et son fils Parker Harrison manifestent contre l'industrie de la billetterie des spectacles vivants devant le Capitole américain le 24 janvier 2023 à Washington, DC.
Un jury new‑yorkais a estimé que Live Nation détenait un monopole illégal pesant sur plusieurs pans de l’industrie du spectacle vivant. Les conséquences concrètes de cette décision, toutefois, ne se feront pas sentir immédiatement.
Le verdict, rendu le 15 avril après un mois d’audience et quatre jours de délibérations, portait uniquement sur la responsabilité. Les jurés devaient déterminer si Live Nation avait dominé le marché de la billetterie de concerts et forcé les artistes à recourir à ses services de promotion pour accéder à ses amphithéâtres. Ils ont répondu « oui » à chacune de ces questions.
La société prévoit maintenant de demander au juge fédéral Arun Subramanian d’annuler ce verdict et de statuer en sa faveur. Si le juge refuse, il devra alors définir les mesures à appliquer : dommages et intérêts, obligations de modifier certaines pratiques, voire restructuration partielle.
Les procureurs généraux qui ont mené l’action en justice soutiennent que la seule solution efficace serait de contraindre Live Nation à se séparer de Ticketmaster. Leur plainte reposait sur l’idée que la maîtrise simultanée de la billetterie et de la promotion confère à l’entreprise un pouvoir anticoncurrentiel, notamment en pénalisant les salles qui n’utilisent pas Ticketmaster. Le verdict pourrait être interprété comme une validation de cette thèse.
Le juge pourrait toutefois choisir une voie intermédiaire : maintenir Ticketmaster dans le giron de Live Nation, mais imposer la vente d’autres actifs, comme certains amphithéâtres. Selon l’avocate Lauren Spahn, cela permettrait d’affaiblir l’ensemble sans démanteler totalement la structure issue de la fusion.
Même si les tribunaux ont déjà ordonné le démantèlement d’entreprises — l’exemple historique de Standard Oil en 1911 en témoigne — ce type de décision est devenu rare. En 2024, Google a été reconnu coupable de monopole, mais le juge n’a pas exigé la séparation de Chrome ou d’Android, préférant imposer des changements contractuels et un partage de données.
Une issue similaire pourrait se dessiner ici : plutôt qu’une cession forcée, le juge Subramanian pourrait imposer des limites aux contrats d’exclusivité, encadrer les frais ou obliger Live Nation à ouvrir ses salles à d’autres promoteurs. L’entreprise a d’ailleurs déjà accepté plusieurs ajustements dans le cadre d’un accord proposé avec le ministère de la Justice, incluant un fonds d’indemnisation de 280 millions de dollars. Elle affirme que l’issue du procès des États ne devrait pas s’écarter de cet accord.
Mais la situation se complique : l’accord doit encore être validé par le juge, et plusieurs procureurs généraux — initialement alliés du DOJ — le jugent trop indulgent et ont poursuivi la procédure seuls. Le juge se retrouve donc face à deux demandes gouvernementales contradictoires : approuver un accord négocié et envisager des mesures plus sévères sur la base des mêmes faits. L’expert Kenneth Dintzer qualifie cette configuration d’« inédite ».
Le processus pourrait durer des mois, voire un an, avant que le juge ne rende ses décisions détaillées. Et Live Nation a déjà annoncé qu’elle ferait appel de toute décision défavorable, ce qui prolongerait encore la procédure.
En résumé, comme le souligne Spahn, les consommateurs ne devraient pas s’attendre à des changements immédiats.



















