Le Conseil des consommateurs du Canada veut forcer Live Nation à se départir de Ticketmaster
Invoquant des pratiques anticoncurrentielles liées à la promotion exclusive, à la billetterie exclusive et à des clauses de limitation géographique, le groupe réclame le démantèlement des sociétés, l’annulation des contrats conclus avec les artistes et les salles de spectacle, ainsi qu’une indemnisation des consommateurs.

Le Conseil canadien des consommateurs (CCC) a déposé une requête auprès du Tribunal canadien de la concurrence, demandant l’autorisation d’intenter une poursuite contre Ticketmaster et sa société mère, Live Nation Entertainment.
L’organisme allègue que les entreprises issues de la fusion exercent une pression anticoncurrentielle sur les artistes et les salles de spectacle, les forçant à accepter des clauses d’exclusivité en matière de promotion, de billetterie et de zones géographiques. En cas de refus, ces acteurs risqueraient de perdre l’accès au vaste réseau de partenaires de Live Nation.
Selon le CCC, Live Nation Entertainment est devenue une force dominante incontournable dans l’industrie du spectacle vivant, exerçant un contrôle accru sur les revenus des artistes et des salles tout en contribuant à la hausse du prix des billets pour les consommateurs.
Cette démarche s’inscrit dans le sillage de récentes modifications à la Loi canadienne sur la concurrence, qui permettent désormais aux parties concernées et aux associations de consommateurs de contester des pratiques anticoncurrentielles devant le Tribunal. Si la requête est acceptée, le Conseil cherchera à faire annuler certaines clauses contractuelles, à contraindre Live Nation à se désengager de Ticketmaster, et à obtenir une indemnisation substantielle pour les consommateurs, les artistes et les salles de spectacle canadiennes.
Actif depuis 1994, le CCC rappelle un long historique de préoccupations liées à la concurrence dans le secteur des concerts, allant de la plainte déposée par Pearl Jam contre Ticketmaster auprès du département de la Justice américain la même année, jusqu’à la ruée sur les billets de la tournée Eras Tour de Taylor Swift en 2022, qui avait laissé de nombreux fans sans billets.
« Les consommateurs canadiens en ont assez », a déclaré Don Mercer, président du CCC et ancien commissaire adjoint du Bureau de la concurrence, dans un communiqué. « Assister à un concert était autrefois une expérience abordable pour les Canadiens. Aujourd’hui, c’est devenu un luxe pour beaucoup, en raison de l’emprise de Live Nation et de Ticketmaster. »
L’objectif du Conseil est clair : empêcher Live Nation d’imposer des conditions contractuelles anticoncurrentielles qui font grimper les coûts pour les entreprises du secteur et pour le public. L’organisme réclame notamment la séparation de Live Nation et Ticketmaster, ainsi que l’élimination de certaines clauses jugées abusives.
Dans une déclaration transmise à Billboard Canada, Live Nation Entertainment a indiqué son intention de contester la plainte.
« Cette requête, déposée par une entité privée, repose sur une compréhension erronée du fonctionnement du secteur du spectacle vivant, et nous nous défendrons contre ces allégations infondées », a déclaré l’entreprise. « Nous continuons de collaborer avec l’industrie, nos partenaires et les gouvernements afin de renforcer le contrôle des artistes tout en respectant les lois existantes en matière de protection des consommateurs et de lutte contre les robots. »
Cette initiative survient alors que la Cour supérieure du Québec a récemment autorisé un recours collectif contre Ticketmaster, invoquant l’imposition de frais jugés « excessifs, déraisonnables, abusifs et disproportionnés » par rapport aux services rendus.
Des démarches similaires sont également en cours aux États-Unis, où la Federal Trade Commission (FTC) a intenté l’an dernier une poursuite contre Live Nation et Ticketmaster, les accusant de « coordination tacite » avec des revendeurs. Cette plainte a toutefois été rejetée plus tôt ce mois-ci, Ticketmaster dénonçant ce qu’elle a qualifié d’« abus de pouvoir flagrant ».
Si la requête du CCC est autorisée, il s’agirait d’un cas sans précédent devant le Tribunal canadien de la concurrence. Jusqu’à présent, seules les entreprises concurrentes directement touchées ou le commissaire à la concurrence pouvaient saisir le tribunal, qui n’a encore jamais ordonné le démantèlement d’une entreprise.
« Ce changement donne enfin aux consommateurs les moyens de se faire entendre et d’exiger réparation face aux pratiques monopolistiques et aux comportements abusifs », a ajouté Mercer. « Ce n’est pas un hasard si notre action contre Live Nation et Ticketmaster figure parmi les premières intentées sous ce nouveau régime. »
Bien que le dossier n’en soit qu’à ses débuts, il pourrait avoir des répercussions majeures sur l’industrie du spectacle vivant au Canada, où il est suivi de près par de nombreux acteurs du milieu.



















