Angine de Poitrine fait ses débuts très attendus à Toronto
Le duo québécois devenu viral a assuré la première partie de Jack White hier soir, le 14 juillet, à l’amphithéâtre RBC, avant de se rendre en vitesse au Mod Club pour y donner son tout premier concert en tête d’affiche à Toronto. Une soirée si électrisante qu’on avait presque l’impression d’y être.

Angine de Poitrine au Mod Club de Toronto le 14 juillet 2026.
lacune a été comblée hier soir, le 14 juillet, alors que les musiciens ont fait leurs débuts dans la métropole ontarienne avec deux spectacles en une seule soirée : d’abord en première partie de Jack White à l’amphithéâtre RBC, puis en tête d’affiche au Mod Club.
Comme c’est souvent le cas lors des concerts de White, les téléphones étaient interdits, ce qui explique la rareté des images de cette première prestation. Après le spectacle, Jack White a toutefois publié une photo de lui aux côtés des deux extraterrestres vêtus de leurs costumes noirs et blancs à pois.
Mais au Mod Club, les fans étaient prêts, appareils photo en main.
Certains concerts semblent destinés à entrer dans l’histoire : les débuts de The Weeknd au Mod Club en 2011, le passage d’une jeune Adele au Rivoli en 2008 ou encore celui de Nirvana au Lee’s Palace en 1990. Avant même le début de la soirée, on avait le sentiment qu’Angine de Poitrine pourrait bien rejoindre cette liste.
Le duo originaire du Saguenay a déjà démontré sa capacité à attirer des foules de près de 100 000 personnes. Pour son premier concert en tête d’affiche à Toronto, il a toutefois privilégié l’intimité du Mod Club, devant environ 600 spectateurs. Angine de Poitrine s’y produira de nouveau à deux reprises cette semaine, avant de revenir dans la métropole le 5 novembre pour investir la salle History, beaucoup plus vaste.
L’excitation était palpable à l’approche de la première apparition publique à Toronto des lauréats du prix Global Breakthrough de Billboard Canada.
Bien avant que le guitariste Khn de Poitrine et le batteur Klek de Poitrine ne montent sur scène, la salle était déjà remplie de fans venus vivre en personne le phénomène devenu viral en ligne. Les conversations portaient sur leur prestation à KEXP, leur « entrevue » à la télévision québécoise et les comparaisons avec Led Zeppelin. Certains se pressaient pour obtenir la meilleure vue, tandis que d’autres arboraient discrètement des jupes, des chemises ou des chapeaux bob à pois noirs et blancs. Quelques vedettes internationales du rock, dont la présence au concert avait été annoncée, se trouvaient peut-être également dans la salle.
La foule semblait prête à exploser de joie, allant jusqu’à acclamer les membres de l’équipe du groupe, eux aussi vêtus de noir et blanc, pendant qu’ils installaient sur scène un décor artisanal à pois.

Lorsque le duo est finalement monté sur scène, il a attendu près d’une minute avant de commencer à jouer. Les deux musiciens sont restés immobiles, tournés vers le public, savourant les acclamations. Khn a levé les mains vers le triangle de son chapeau emblématique, activant la lumière qui s’y trouvait. Les deux membres ont ensuite échangé quelques mots dans leur langue inventée, un mélange évoquant un robot de série B de science-fiction, un faucon et le catcheur Kane de la WWE.
Ils ont alors lancé la boucle de batterie et de basse simple et saccadée qui ouvre « Angor », le morceau final de Vol. II. Khn a invité la foule à applaudir en tapant sur le côté de son casque, un mouvement synchronisé avec la lumière triangulaire.
On a beaucoup parlé de l’originalité de leur musique, notamment de leurs signatures rythmiques asymétriques, de leurs polyrythmies et de leurs micro-intervalles, ces notes situées entre les notes traditionnelles. Mais c’est en les voyant sur scène que l’on comprend pleinement pourquoi leur musique séduit autant le public.
Leurs grooves instrumentaux possèdent déjà une profondeur perceptible dans leurs prestations virales en ligne, mais celle-ci prend toute son ampleur en concert. Les riffs puissants et les montées progressives créent une tension viscérale, suivie d’un relâchement spectaculaire qui apporte une dimension dramatique à la musique, sans qu’aucune voix soit nécessaire.
Après la récente parution de leurs albums en vinyle, Angine de Poitrine a fait son entrée dans plusieurs palmarès Billboard, notamment celui des meilleurs albums dance. Ce classement pouvait sembler surprenant, mais au Mod Club, les spectateurs bougeaient bel et bien au rythme de leurs grooves décalés et tapaient des mains sur des mesures qui s’éloignaient souvent du traditionnel 4/4.
Le concert a été ponctué de nombreux moments marquants, qu’il s’agisse d’un solo de guitare improvisé s’harmonisant parfaitement avec une boucle de basse ou d’un arrêt soudain de la musique, suivi d’un retour en force.
Pendant « Fabienk », le duo s’est notamment tourné vers le public, les bras levés, pour entraîner les spectateurs dans une petite danse au son du nom « Sébastien », un clin d’œil à son manager Sébastien Collin, nommé parmi les meilleurs gérants d’artistes de Billboard Canada.
Malgré une formation limitée à deux musiciens, le spectacle donnait souvent l’impression d’une improvisation intense et spontanée, rappelant par moments le groove desert rock des débuts de Queens of the Stone Age. Ailleurs, le duo naviguait plutôt entre le rock progressif, le psychédélisme et le métal.

La musique d’Angine de Poitrine peut sembler « difficile », mais elle demeure aussi très ludique et empreinte d’humour. Entre les morceaux, le batteur Klek buvait à travers son casque à l’aide d’une longue paille, renversant souvent volontairement son breuvage sur le public. Entre deux pressions sur ses pédales de boucle avec son pied lui aussi maquillé, Khn prenait parfois des poses évoquant des postures de yoga volontairement exagérées.
À un autre moment, il s’est servi de son long nez comme d’un bouton de syntonisation, déclenchant une série d’effets sonores. Chaque fois qu’un membre de leur équipe vêtu de pois venait ajuster un micro de batterie ou essuyer Klek, il était accueilli par une ovation, preuve de l’enthousiasme du public pour l’univers aussi étrange que captivant du duo.
La chaleur était étouffante au Mod Club, et le maquillage sur les bras de Klek, rapidement devenu une blague récurrente, n’a pas tardé à disparaître. Angine de Poitrine a interprété huit chansons en un peu plus d’une heure, une véritable performance athlétique, d’autant plus impressionnante que le duo venait tout juste de jouer à l’amphithéâtre RBC avec Jack White, en pleine canicule torontoise.
Ce premier concert en tête d’affiche à Toronto offrait néanmoins un avant-goût prometteur de ce que le groupe réserve pour la suite, alors que son ascension fulgurante ne montre aucun signe de ralentissement.




















